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Histoire de la Clinique du Docteur Derscheid
par Monsieur Henri Anrys, ancien secrétaire Général de l’asbl ANBCT

La naissance : le Sanatorium Les Pins

En 1900, la tuberculose tue 18.000 personnes par an en Belgique.
Le Docteur Derscheid (1871-1952) fut un des initiateurs principaux de la lutte contre la tuberculose en créant une consultation dès 1897.
En 1898, il créait avec le Professeur Bordet l'Oeuvre de la Tuberculose en vue de réunir des fonds pour construire des sanatoria. Cette « Oeuvre » assure d'abord un réseau de dispensaires.
La Ligue contre la Tuberculose naît au sein de l'Oeuvre. Elle y assurera le service prophylactique. Les deux organismes ont à ce moment un but essentiellement prophylactique qui donne naissance à un réseau de dispensaires.
En 1902, le Docteur Derscheid institue avec l’aide d’industriels soucieux de la santé de leurs travailleurs, la « Société des Sanatoria Populaires ». Il construit le 1er sanatorium privé à La Hulpe, alors appelé « Les Pins », parce qu’il est érigé au milieu de 10 hectares de sapinières orientées au sud, dans une parcelle de la Forêt de Soignes louée au Sanatorium par un bail emphytéotique de 99 ans.
Le Pavillon Laënnec de 85 lits réservés aux hommes, inauguré le 5 novembre 1905, est bâti sur les plans du Docteur Derscheid et de l’architecte Janlet. Ils sont assez remarquables à l’époque pour leur valoir la médaille d’or de l’Exposition Internationale d’Hygiène à Paris de 1904.
En 1912, financé par la vente d’une médaille commémorant la joyeuse entrée du Prince Albert et de la Princesse Elisabeth, le Pavillon « Forlanini » pour femmes est construit.
La capacité de ce 2ème pavillon est doublée en 1923 avec l’aide de la « Coopérative Nationale contre la Tuberculose » créée en 1918 par le Comité National de Secours et d’Alimentation, présidé par Ernest Solvay pour faire face aux besoins nés des privations pendant l’occupation allemande de 1914 à 1918.
Cette coopérative fusionne en 1918 avec la « Société des Sanatoria Populaires ». Elle formera en 1923 l’« Association Nationale Belge contre la Tuberculose » sous forme d’ASBL, statut qui vient d’être créé par la loi. Cette ANBCT, toujours existante aujourd’hui, devient le Pouvoir Organisateur d’une dizaine de sanatoria ou préventoriums. « Les Pins » avec ses 219 lits endevient le fleuron, directement dirigé par le Docteur Derscheid, simultanément Vice-Président de l’Association.
En 1935, une annexe chirurgicale y est installée et une chapelle est érigée par la Famille de Ribaucourt.
En 1937, une aile ouest est ajoutée au bâtiment pour les femmes, qui sera rebaptisé « Pavillon Vésale ».
À ce moment, le Sanatorium Les Pins comporte 90 lits en pavillon hommes et 150 lits au pavillon femmes. Il est ainsi ouvert aux malades des 2 sexes de plus de 15 ans.
Le prix est alors en dortoir de 23,5 FB par jour, en chambre à 2 lits de 26 FB et en chambre à 1 lits de 30 FB.
Le Docteur Derscheid en est le Medecin-Chef, tout en étant à la fois 1er Vice-Président de l’Oeuvre contre la Tuberculose, présidée par le Docteur Bordet, et le Président du Comité Exécutif de l’ANBCT, où le Docteur Toussaint représente Les Pins.

La survie difficile de la Clinique pendant la guerre

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes envahissent la Belgique plongée dans le chaos. 
Le 24 mai 1940, le Docteur Derscheid réunit un Comité de Crise de l’ANBCT qui fait l’inventaire : 70 femmes malades des Pins ont été évacuées à la Clinique Lonchamps de Bruxelles accompagnée par le Docteur Derscheid et le personnel ; les malades hommes, eux sont réfugiés au Sanatorium « Roos der Koningin » à Buyzinghen également propriété de l’ANBCT. Les stocks de vivres et médicaments du Sanatorium Les Pins, abandonné et menacé de pillage par son caractère isolé, sont évacués au siège social de l’ANBCT. 
Les Allemands interdisent d’exercer au Professeur Bordet, alors président de la Ligue contre la Tuberculose. Le Docteur Derscheid assurera la continuité. Le 25 mai 1940, le chef des services médicaux allemands en Belgique, convoque le Docteur Derscheid à l’Hôtel Plaza à Bruxelles pour examiner la situation des maladies épidémiques en Belgique occupée.
Le Docteur Derscheid insiste sur la nécessité de remettre en oeuvre les sanatoria.
Le 8 juin 1940, le Docteur Derscheid s’occupe du sort des patients transférés des sanatorial et préventoria de l’ANBCT situés au littoral et occupés par les Allemands, notamment ceux du Préventorium du Coq, réfugiés à la Clinique du Square Marie-Louise de Bruxelles. Les autres Sana de l’ANBCT échappent à la réquisition.
« Les Pins » reprend ses activités en juillet 1940. Le Docteur Derscheid obtient un double jeu de timbres de ravitaillement pour les malades du sana, mais à ce moment, coupées de tout financement, les institutions sont exsangues. Monsieur Gossuin, Directeur de la Société Générale à Mons, les sauvera en accordant un prêt sur simple signature des Docteurs Derscheid et Gengou. L’ANBCT obtient ensuite un crédit mensuel de Monsieur Henrard, Directeur Général du Ministère de la Justice. Les Commissions d’Assistance Public (actuellement CPAS) et les Mutuelles reprennent leurs interventions. L’ensemble des acteurs rendra en fin d’année hommage au Docteur Derscheid pour avoir sauvé les établissements.
Les Allemands veulent désigner un commissaire allemand pour diriger les sana, mais le Docteur Derscheid (Président f.f.) et le Docteur Gengou (secrétaire général) sur qui ils comptaient, refusent de rester en place, rendant la gestion allemande impossible.
L’Oberstabartzt Holm convoque les 2 médecins pour leur proposer de faire partie d’une union internationale contre la tuberculose créée sous présidence allemande, ce qu’ils refusent également.
Tous les travaux prévus à La Hulpe sont bloqués en représaille par les allemands qui exigent en échange des plans d’extension pour soigner les volontaires belges des services et de l’armée allemande, concession refusée par le Docteur Derscheid. Forcé de licencier le personnel juif, il veille à leur maintenir des ressources.
Malgré les tensions avec l’occupant, y compris une arrestation temporaire du Docteur Derscheid et son épouse, l’Etablissement peut survivre. La population est affaiblie ; leur rationnement tombe à 1.014 calories par jour au lieu des 2.200 minimum nécessaires.
Le nombre de tuberculeux hospitalisés dans les sana en Belgique passe de 31.900 en 1938 à 131.383 en 1943.
Un timbre est émis par la Poste au profit de la Lutte contre la Tuberculose identifié par une Croix de Lorraine, logo de l’Association mais aussi de la Résistance française ce qui échappa aux occupants et apportera des fonds précieux pendant l’occupation.
Après la libération, la chute d’une bombe volante près du Sana « Les Pins » casse toutes les vitres des 2 bâtiments mais ce sera le seul dommage de guerre aux bâtiments du Sanatorium « Les Pins ».
Le Docteur Derscheid meurt le 11 janvier 1952 à 81 ans au moment où les antibiotiques annoncent la victoire sur la tuberculose et la fin des sana au profit du traitement ambulatoire.
Le Sanatorium Les Pins est rebaptisé « Clinique Docteur Derscheid » en l’honneur du pilier de la lutte contre la tuberculose et pour que sa mémoire ne se perde pas dans la nation, même dans la réorientation de l’Institution qui se dessine pour étendre son activité à d’autres affections cardiaques et pulmonaires puis orthopédiques et psychiatriques.

La reconversion : revalidation et psychiatrie

En 1975, les sanatoria de l’ANBCT sont dans une situation difficile. Le traitement ambulatoire de la tuberculose a rendu leur rôle marginal. À Derscheid, 219 lits sont toujours ouverts.
Malgré une première évolution qui a transformé une partie de ces lits en Service de Revalidation cardio-pulmonaire, les autres lits du sanatorium, toujours dédiés à la tuberculose, sont insuffisamment occupés. Les sanatoria sont voués à la disparition. Leur utilité est temporairement prolongée par les vagues de travailleurs immigrants parfois en mauvaise condition. Mais l’existence même des sanatoria est remise en question par le Ministère.
Le Conseil d’Administration songe donc à abandonner l’Institution, éventuellement en vue de sa transformation en Maison de Repos par une Mutuelle.
C’est alors que des administrateurs sollicitent l’intervention de l’organisation hospitalière à laquelle Derscheid est affilié, la Fédération Belge des Hôpitaux (FHPB), actuellement connue sous le nom de « Cobéprivé ». Un nouveau Conseil est reconstitué sous la présidence du Docteur André Wynen, Président de la FHPB. Il est certes chirurgien et patron de l’Hôpital de Braine-L’Alleud mais très sensible aux problèmes pulmonaires car sorti du camp de concentration nazi de Buchenwald avec une tuberculose pulmonaire grave. Il a été cloué deux ans en sanatorium après la guerre. Il relève le défi et fait appel aux médecins et juristes de son équipe. Afin d’impliquer les acteurs de terrain, il associe aussi au Conseil d’Administration des représentants des divers établissements de l’ANBCT. Derscheid est celui qui comporte la plus importante équipe de médecins. Il intègre dans la gestion de Derscheid la voix du Conseil Médical.
Le 1er travail de la nouvelle équipe est de mettre en oeuvre un plan de conversion et d’activités donnant confiance aux banques sollicitées pour maintenir une ligne de crédit et avancer les moyens de nouveaux investissements. Derscheid est converti en partie en services de revalidation. Dans le Pavillon Vésale, au service pneumo-cardio déjà transformé en revalidation s’ajoutent des services Sp (revalidation) d’affections de types locomotrices et polypathologiques. Il s’y ajoute 30 lits de psychiatrie.
Le bâtiment Laënnec de son côté reçoit 60 lits de psychogériatrie. L’équipe médicale de spécialistes est en conséquence modifiée et développée. Le nursing est renforcé.
Les services de kinésithérapie et d’ergothérapie sont développés. Un service radiologique et un laboratoire de biologie clinique sont maintenus sur place. Des investissements de modernisation architecturale améliorent le confort et la sécurisation des patients désorientés.
Dans le Pavillon hommes (Pavillon Laënnec) attribué à la psychogériatrie, des portiques magnétiques et une clôture rapprochée évitent les fugues dans la forêt avec tous les pièges que celle-ci peut comporter pour des malades âgés désorientés.
Le TEC ayant abandonné la ligne Waterloo – Derscheid non rentable, la Clinique crée sa propre liaison par bus avec le GB (devenu Carrefour) et la gare, pour le personnel et les visiteurs, tandis qu’un tunnel sous le ring, qui vient d’être bâti, facilite l’entrée et la sortie du domaine.
La Clinique effectue des travaux importants pour éviter la pollution notamment une nouvelle station d’épuration aux normes les plus exigeantes et met l’incinérateur à l’arrêt.

Le tournant : La Clinique de la Forêt de Soignes

Le Docteur André Wynen cesse ses activités après avoir ressuscité et reconverti l’Institution en 1998.
Le Docteur Raoul Titeca, psychiatre et gestionnaire particulièrement efficace de cliniques psychiatriques, reprend alors les rênes de l’ANBCT, la développe et y suscite l’implication des grandes familles d’industriels qui avaient été à l’origine du sanatorium, particulièrement des Solvay. Il lance des investissements importants. Une piscine trouve sa place en revalidation locomotrice à Derscheid. L’ANBCT continue à se développer. Mais Derscheid doit faire face à la menace de la Région wallonne à qui l’Etat a cédé cette partie de la forêt, de ne pas renouveler le bail emphytéotique.
D’autant que la Forêt de Soignes a été classée en zone Natura 2000, ce qui a pour effet d’interdire tout nouveau développement de Derscheid. Or celui-ci a un besoin absolu d’extension de ses bâtiments, devenus trop petits par rapport aux normes nouvelles.
L’ANBCT doit alors chercher un autre site en Brabant wallon pour y reconstruire un Derscheid moderne, spacieux et confortable pour le cas où le bail ne serait pas renouvelé. Justement, la Clinique du Champ Sainte-Anne à Wavre doit être reconstruite et libérer du terrain pour la maison de repos. L’ANBCT rachète au CPAS de Wavre les 95 lits de revalidation de la Clinique du Champ Sainte-Anne. Pour satisfaire au cahier de charges qui exige leur maintien à Wavre et simultanément pour trouver une place aux lits des services de revalidation de Derscheid, l’ANBCT rachète l’Hôtel Le Rocher au Bois de la Pierre. Un nouvel hôpital y est construit
regroupant ces lits de revalidation de la Clinique du Champ Sainte-Anne et ceux de Derscheid, devenant CHRPBW – Centre Hospitalier de Réadaptation et de Psychiatrie du Brabant Wallon.
Le bâtiment de Derscheid est ainsi libéré pour une affectation exclusive à la psychiatrie y compris l’ouverture de 17 lits d’hospitalisation de jour. Le bâtiment Vésale est complètement reconditionné à cette fin, offrant 96 lits psychiatriques dans sa destination actuelle, des espaces conçus pour 129 lits à l’origine et occupés par 159 patients.
L’immeuble a pu être modernisé sans repousser les murs, offrant un espace abondant aux lits de psychiatrie là où ils étaient serrés dans leur cohabitation avec les services de revalidation désormais à Wavre.
A cette occasion, le nom de Derscheid qui a été un grand nom de la médecine belge, a fait place à celui de « Clinique de la Forêt de Soignes ». Cet effacement marque la victoire dans la lutte contre la tuberculose à laquelle il avait consacré son existence, et l’affectation des fruits de son triomphe à d’autres besoins, d’autres urgences.
En avril 2014, une nouvelle ASBL est créée en commun par l’ANBCT et la « Fondation pour la Psychogériatrie » qui gérait l’hôpital du Scheutbos. Cette ASBL prend le nom de « SILVA medical » réunissant les sites ex-Derscheid devenu Clinique de la Forêt de Soignes à Waterloo, le site de Wavre qui est devenu la Clinique du Bois de la Pierre et le site de Scheutbos à Molenbeek-Saint-Jean dénommé Centre Gériatrique de Scheutbos.
L’ancien Derscheid et l’Hôpital Scheutbos offrent maintenant leurs services psychiatriques et psychogériatriques sur leurs sites respectifs, tandis que la revalidation est concentrée à Wavre dans le site de la Clinique du Bois de la Pierre.

Henri ANRYS,
Secrétaire général ASBL ANBCT (1977 – 2003)
Vice-Président ASBL ANBCT (1999 – 2003)
le 28 octobre 2015


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